[290 RUE DU LIBAN]

 

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Comment alors capturer ces spectres, morts vivants dans la chair de la ville, quand ils s'échappent des décombres de l'ordre ancien que l'on saccage ? C'est à cette expérience que s'est livré, au 290 rue du Liban, Engram. Ce collectif d’expression visuelle crée par Joanna Andraos  et Caroline Tabet traque depuis 2003 les présences éphémères, les absences marquées et les trajectoires fantomatiques des individus qui peuplent la ville, théâtre minéral des solitudes existentielles. Ces thématiques récurrentes prennent en général la forme de séries dans lesquelles, sous un ou plusieurs angles, l'appareil photosensible capture la trace non pas des événements — il n'y en a pas — mais des gestes de vie, ou plutôt, de ce qu'ils laissent réfléchir d'eux-même à la lumière du temps.

Engram, à la manière des chasseurs de vampires, promène son miroir sensible sur les ruines et sur les corps évanescents, à la recherche des indices de la vie passée, des spectres incarcérés dans des strates oubliées. Il ne s'agit pas tant de fixer ce qui est vu aujourd'hui, ni de mémoriser le lieu avant sa destruction, mais bien de laisser surgir, à travers un processus scénique plus ou moins arrangé, les fantômes de la mémoire, de les laisser librement imprimer sur la pellicule ce qu'ils voudront bien laisser entrevoir d'eux-même. Le rectangle de l'image devient alors le lieu de l'expression poétisée d'une projection des psychés des morts et des disparus. Leur absence prend corps dans l'image. Leur présence est retracée par la photographie. La mémoire de leur existence se réécrit à l'effet de la lumière, qui imprègne le lieu et les acteurs, sur le support argentique / numérique.

Au 290 de la rue du Liban, le duo d'Engram s'est adonné à une expérience unique: faire, par séances régulières, la psychanalyse d'un lieu et de ses anciens habitants. Avec patience, il a écouté les fantômes, les a laisser parler et guider, comme dans une tentative de reconstitution de vies qui ne sont plus, les derniers témoins du lieu dans l'espace intérieur de la demeure. Puis vint le moment de la destruction finale. Sous les fondations de la maison, une nécropole romaine fut mise à découvert. On vous l'a dit, Beyrouth ne se défait pas facilement de ses fantômes.
-Alexandre Medawar-

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